Ecrits

Textes écrits sur mon travail artistique

Piste

Une allée aux cristaux rares

Une lithoscopie

Piste

Au cœur des gemmes imaginaires

C’est ainsi que je reçois les Ă©pousailles des traits, des saignĂ©es, des ouvertures, des grattages des gravures de Corinne Leforestier.

Il y a dans la description des montagnes, des cimes qui entrent profondĂ©ment dans nos chairs autant qu’elles Ă©lèvent nos Ă©motions. Point de douleur, mais un forte tension qui rend compte de l’instant prĂ©cis oĂą l’outil de l’artiste dĂ©chire la plaque et celui oĂą s’enfonce sa joie.

Les gravures de Corinne semblent ĂŞtre des paysages que l’on retrouve au grès des promenades dans le Pays Dignois comme dans toutes autres rĂ©gions du monde. Ce pays est la synthèse de toutes leurs beautĂ©s. Corinne ne s’est pas trompĂ©e. Ses encres comme ses eaux fortes tĂ©moignent d’une abstraction de l’espace. Elle nous propose des allĂ©es et venues entre l’Orient de son choix et le pays oĂą elle rĂ©side.

J’aime ce que fait Corinne, justement, parce qu’elle m’invite Ă  des voyages dont les dĂ©placements sont ceux de l’âme vers sa propre source, ceux de notre chair sur les douces arĂŞtes des roches indigènes.

Une piste vers les natifs … une voie qui désigne un diamant personnel … un point entre le nadir et le zénith … invisible et présent partout, par lequel parle le cœur des Pierres et celui des Hommes.

Pierre BONNET – mars 2008

Pourquoi Ă  un moment donnĂ©, la main, le pinceau s’arrĂŞtent-ils ?

On y est. C’est lĂ .

Et commence la relation Ă©trange de l’Ĺ“uvre et du regard.

Couleurs, mouvements. Apparu, disparu. Rien n’est arrĂŞtĂ©. Tout advient. Un rayon de lumière passe, met en vibrations ou en ruissellements la couleur, incise ou disperse le trait. On est alors confrontĂ© Ă  un jeu subtil entre couleurs, textures et dessins qui se cherchent, se confrontent, se figent ici pour renaĂ®tre lĂ  dans le fusionnel. Et cela chante, et cela circule, enveloppe, apaise ou inquiète. Ombre dĂ©jĂ  tĂ©nue d’une souffrance, d’une rĂ©volte, affirmation heureuse d’une Ă©closion dans la mystĂ©rieuse saisie de l’Ă©tant, au-delĂ  de l’appel d’un devenir.

Advient l’Ĺ“uvre dans une indicible prĂ©hension du RĂ©el. Harmonie ou rupture dans l’instant Ă©vanescent de la confrontation.

Nicole Tanguy – 2004

Du côté des livres sur l’Art, des biographies d’artistes, quelques phrases qui toujours m’accompagnent ….

Paul Klee

L’art ne rend pas le visible, il rend visible.

Tout visible est un invisible Ă©levĂ© Ă  l’Ă©tat de mystère.

 

Braque

Dans l’art le monde se dĂ©voile dans une Sensation RĂ©vĂ©lation.

Le destin de l’art est celui de l’Ă©tonnement oĂą s’Ă©veillent les transcendances.

J’ai fait une grande dĂ©couverte. Je ne crois plus Ă  rien. les objets n’existent pas pour moi, sauf qu’il y a un rapport harmonieux entre eux, et aussi entre eux et moi. Quand on arrive Ă  cette harmonie, on arrive Ă  une espèce de nĂ©ant intellectuel. Comme ça tout devient possible, tout devient apte, et la vie est une Ă©ternelle rĂ©vĂ©lation. Ca c’est la vraie poĂ©sie.

Abraham Heschel

L’art et la mystique se dĂ©finissent comme une expĂ©rience de stupĂ©faction radicale.

Le mystique en nous est littĂ©ralement bouche bĂ©e devant l’aspect formidable des choses.

L’Ă©merveillement est le dĂ©but de la sagesse et prĂ©cède la foi.

Kundera

Le regard de l’artiste est Ă©bloui, il voit Ă  travers l’Ă©cran dans l’ombre d’une matière opaque, il aperçoit la lumière invisible. Il Ă©claire de l’intĂ©rieur une matière qui devient alors Ă©crin et vitrail qui surgit de ses mains. L’artiste n’invente pas des abstractions, il dĂ©voile ce qui est cachĂ© dans l’ombre des choses.

L’artiste simplement voit ce qui est, lĂ , derrière le miroir, au dedans, alors que nous n’Ă©tions pas lĂ , nous Ă©tions au dehors sans voir. Il nous invite Ă  entrer, il rend visible ce qui est cachĂ© lĂ .

Son regard s’oppose au regard hypnotique du pouvoir, du savoir et de l’avoir.

Le regard d’amitiĂ© unifie et rĂ©concilie les contraires, il s’oppose au regard totalitaire et fractionnĂ©. Le regard de l’artiste est un regard d’espĂ©rance qui voit ce qui est Ă  venir, en train de venir par sa mĂ©diation.

Il n’a pas peur du vide des choses, il ose les regarder dans leur nĂ©ant . Il sait affronter l’angoisse et n’a pas peur d’ĂŞtre exclu du mystère auquel il participe.

Muso Soséki

J’ai jetĂ© cette petite chose qu’on appelle ‘Moi’ et je suis devenu le monde immense.

Quelques phrases tirées du livre de Charles Juliet, Rencontres avec Bram van Velde, Fata Morgana, 1978,

Les hommes vivent en pleine illusion. Mais malheur pour qui en prend conscience.

Le plus difficile c’est quand on ne fait rien. Qu’on ‘a pas la force de travailler.

Quand je peins je ne sais pas ce que je fais, oĂą je vais. Il me faut chercher une issue. Je travaille jusqu’Ă  ce que je n’aie plus Ă  intervenir.

Quelque chose cherche Ă  naĂ®tre, mais je ne sais pas ce que c’est. Je ne pars jamais d’un savoir. Il n’y a pas de savoir possible.

Pour s’approcher du vrai, il faut passer par la destruction.

Le vrai dĂ©range, il fait peur. Le monde s’acharne Ă  l’Ă©touffer. Le faux a toutes les chances, et le vrai ne survit que par miracle.

Peindre, c’est essayer d’atteindre le vrai.

Toute sécurité doit être détruite

Il faut consentir Ă  l’Ă©crasement.

il est terriblement difficile de s’approcher du rien.

Les mots massacrent. Il n’y a que le vide et le monde du silence qui soit immenses. Quand on accède au sublime, c’est l’Ă©merveillement.Je suis un homme de nulle part.

Oui faire retour. Renverser ce mouvement qui nous pousse Ă  nous dĂ©verser Ă  l’extĂ©rieur, nous le rendre propice, le saisir dans nos serres. Inverser notre regard pour lui permettre de fouiller l’Ĺ“il dont il Ă©mane. Tenter de nous situer en amont de notre source, et lĂ , essayer de devenir Ă  nous-mĂŞme notre propre cause. Ou encore, travailler Ă  nous annihiler, puis ramper remonter, franchir la cluse, rĂ©-envahir les eaux tièdes de l’origine. Consentir Ă  ce besoin de retrouver la fĂ©licitĂ© initiale.

Van Gogh

Qu’est-ce que dessiner : c’est l’action de se frayer un passage Ă  travers un mur de fer invisible qui se trouve entre ce qu’on sent et ce que l’on peut .

François Darbois

Entre les mystiques, les musiciens et les poètes, il y a une secrète parentĂ© : c’est dans l’amitiĂ© que les poètes ont pour les choses, que nous pourrons connaĂ®tre ces gerbes d’instants qui donnent valeur humaine Ă  des actes Ă©phĂ©mères.

Art et transcendance se rencontrent quand un homme surmonte ses peurs et se rend disponible dans un lâcher prise de toutes reprĂ©sentations, qu’elles soient religieuses, culturelles ou artistiques. L’art n’est pas spirituel en lui-mĂŞme, comme le spirituel n’est pas nĂ©cessairement artistique. Nos images pieuses ne sont pas toujours des oeuvres d’art. Mais pour atteindre l’autre cotĂ© du pont qui mène Ă  la transcendance, il faut traverser parfois bien des prĂ©cipices ; seul l’Ă©merveillement permet de franchir ce pont. Pourquoi est-ce si rare et si fragile? Pourquoi cette sagesse, qui est une folie pour le plus grand nombre, est cachĂ©e aux sages et aux savants, et rĂ©servĂ©e aux petits et aux enfants, aux artistes et aux mystiques ?

TirĂ©s des propos sur l’art de Matisse

Après avoir pris connaissance de ses moyens d’expression, le peintre doit se demander: qu’est-ce que je veux ? et procĂ©der, dans sa recherche du simple au composĂ©, pour essayer de le dĂ©couvrir. S’il sait garder sa sincĂ©ritĂ© vis-Ă -vis de son sentiment profond, sans tricherie ni complaisance pour lui-mĂŞme, sa curiositĂ© ne le quittera pas, ainsi que jusqu’Ă  l’âge extrĂŞme, son ardeur au dur travail et la nĂ©cessitĂ© d’apprendre de sa jeunesse.

Quoi de plus beau ?

J’espère arriver Ă  perdre pied et alors je ne pourrai m’en tirer que par l’inconnu.

Lorsque l’artiste a produit quelque chose de bien, il s’est involontairement surpassĂ© et ne comprend plus. Ce qui importe ce n’est pas tant de se demander oĂą l’on va que de chercher Ă  vivre avec la matière, de se pĂ©nĂ©trer de toutes ses possibilitĂ©s…

Yves Klein

La peinture ne sert qu’Ă  prolonger, pour les autres, le moment pictural abstrait, d’une manière tangible et visible.

Comment une charge Ă©motionnelle et poĂ©tique s’agrège-t-elle Ă  la matière colorĂ©e pour devenir une indubitable prĂ©sence picturale ?

Le tableau n’est que le tĂ©moin, la plaque sensible qui a vu ce qui s’est passĂ©. La couleur Ă  l’Ă©tat chimique que tous les peintres emploient est le meilleur mĂ©dium capable d’ĂŞtre impressionnĂ© par l’Ă©vènement . Je pense pouvoir dire : mes tableaux reprĂ©sentent des Ă©vènements poĂ©tiques ou plutĂ´t ils sont des tĂ©moins immobiles, silencieux et statiques de l’essence mĂŞme du mouvement et de vie en libertĂ© qu’est la flamme de la poĂ©sie pendant le moment picturale!

Bazaine

C’est ce vide, cette déchirure dans le tissu trop serré du monde que nous cherchons à faire apparaître… sur la marge tremblante de la vérité.

L’Ĺ“uvre est perpĂ©tuellement en suspens, en vol, la figure suivante se cherche dĂ©jĂ  dans les derniers accords de celle qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©e, elle sera peut-ĂŞtre ce que l’autre a refusĂ© d’ĂŞtre en cours de route, et, comme elle l’ignore, tout moment sera un commencement.

Ce n’est pas lorsqu’elle s’offre Ă  nous comme un système clos, une mĂ©canique bien fermĂ©e, indĂ©rĂ©glable – une fin. C’est, bien au contraire, lorsque, soudain, elle nous apparaĂ®t comme un commencement. Une naissance, un nouvel espoir de vie.

Un reflet originel , porteur de l’Ă©nergie première, un Ă©cho de la naissance du monde.

Elle naĂ®t Ă  sa propre vie, qui pourra – dans les meilleurs des cas – se poursuivre indĂ©finiment, renaissante Ă  travers les hommes et les siècles, ignorant l’usure de l’âge, de la vieillesse.

Jeux de glaces Ă  l’infini, elle s’enrichira de tous les regards des gĂ©nĂ©rations Ă  venir.

Il n’y a pas d’Ĺ“uvres anciennes et modernes : il y a la peinture vivante de tous les temps qui est toute entière au prĂ©sent.

Cet embryon incertain, si nous avons cru le sentir bouger dans la toile, alors nous quittons celle-ci volontiers, dans notre hâte de commencer la toile suivante, celle qui, nous nous en persuadons, dĂ©veloppera l’Ĺ“uvre que nous attendons, que nous attendrons toute notre vie.

Quand j’aurai 110 ans, disait HokusaĂŻ, je tracerai une ligne et ce sera la vie.

La soif d’absolu n’est pas le progrès, elle est d’une autre nature. Elle n’est pas conquĂŞte, possession du monde, elle n’est pas action mais soumission active. Elle est transcendance, geste de Dieu crĂ©ant la vie en s’y accordant Ă  l’avance.

Le gĂ©nie, la force Ă©trange des vieux peintres, c’est ce pouvoir d’oubli, cet abandon total, c’est d’avoir acceptĂ©, non sans angoisse peut-ĂŞtre, que la source ne peut jaillir que du dĂ©sert.

Le temps de la peinture – champs Flammarion

Gao Xingjian

LA GRANDE AISANCE

L’aisance est une fin en soi pour l’artiste. Elle rend supportable une certaine conception de la perfection qui se traduit en exigence. A cet impĂ©ratif, l’aisance apporte la joie. L’aisance traduit aussi un Ă©tat d’intĂ©rioritĂ©. Lorsque je peins, je suis dans mon travail, je vis Ă  son rythme, je baigne dans sa luminositĂ©. L’aisance relève de cette symbiose, de cet Ă©tat de fluiditĂ© qui mĂŞle l’air de la musique, le souffle au geste rĂ©pĂ©tĂ© jusqu’Ă  l’oubli de soi. Je n’ai pas besoin de rĂ©sistance. La matière ne doit pas s’opposer Ă  moi. Au contraire, je cherche la fusion. L’aisance n’est pas pour autant synonyme de facilitĂ©. Au contraire, elle tĂ©moigne d’une lente maturation qui permet de se dĂ©gager des contrariĂ©tĂ©s, des soucis matĂ©riels, des obstacles futiles. L’aisance est exigence : aller au-delĂ  des limites entendues et en tirer une joie, une jubilation qui est aussi extase. Celle-ci est un Ă©tat de calme que seule la nature apporte Ă  l’homme. Par l’aisance, l’homme revient dans le giron de la nature d’oĂą la subjectivitĂ© et l’angoisse semblent bannies.

Gao Xingjian – Le goĂ»t de l’encre – Michel Draguet

Odilon Redon

Je crois avoir cĂ©dĂ© docilement aux lois secrètes qui m’ont conduit Ă  façonner tant bien que mal, comme j’ai pu et selon mon rĂŞve, des choses oĂą je me suisi mis tout entier.

De Stael

La peinture, la vraie, tend toujours Ă  tous les aspects, c’est-Ă -dire Ă  l’impossible addition de l’instant prĂ©sent, du passĂ© et de l’avenir.

Il n’y a que deux choses valables en art : la fulgurance de l’autoritĂ© et la fulgurance de l’hĂ©sitation. c’est tout; l’un est fait de l’autre, mais au sommet les deux se distinguent très clairement.

L’espace pictural est un mur, mais tous les oiseaux du monde y volent librement. A toutes profondeurs.

Je peins comme je peux, (…) j’essaie chaque fois d’ajouter quelque chose en enlevant ce qui m’encombre. (…) il faut s’habituer Ă  finir plus sans finir.

On accorde fort, fin, très fin, valeurs directes, indirectes, ou l’envers de la valeur, ce qui importe c’est que ce soit juste. Cela toujours; Mais l’accès Ă  ce juste, plus il est diffĂ©rent d’un tableau Ă  l’autre, plus le chemin qui y mène paraĂ®t absurde, plus cela m’intĂ©resse de le parcourir.

Federico Nicolao (Ă  propos de la peinture de De Stael)

Nicolas de staĂ«l, qui s’allège des matières chargĂ©es des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes dĂ©couvre l’espace, au sens cette fois-ci plus simple et strict du mot. Il prend le parti de nous le laisser voir, dans une dĂ©licate et absolue Ă©closion. Au lieu de recourir Ă  des artifices de construction, il le montre – surprenante opĂ©ration – en train de changer. il nous permet ainsi la plus miracluleuse de parfois dĂ©paysante des dĂ©couvertes : au coeur de l’art de peindre, il y a l’observation de la disparition et du surgissement du champ mĂŞme du visible. Voir l’espace est non seulement possible, mais constitue le champ mĂŞme de la peinture.

Extraits des propos sur la peinture du moine Citrouille-amère de Shitao traduction de Pierre Rickmans

Assumer ses qualités

Les anciens confiaient leurs Ă©lans intĂ©rieurs au pinceau et Ă  l’encre en empruntant la voie du paysage. Sans transformer, ils s’adaptaient Ă  toutes les transformations, sans agir, ils agissaient ; vivant obscurs, ils ont obtenu la gloire ; parce qu’ils avaient parachevĂ© leur formation et maĂ®trisĂ© la vie, en enregistrant tout ce qui se trouve dans l’Univers, ils ont Ă©tĂ© investis de la substance mĂŞme des monts et des fleuves.

Le maniement de l’encre confère la formation technique.

La maîtrise du pinceau confère la vie.

Les monts et les fleuves confèrent les structures organiques.

Les lignes et les rides confèrent la capacité de métamorphoser la peinture.

L’OcĂ©an confère le sentiment de l’Univers.

Une simple flaque confère le sentiment de l’instantanĂ©.

Le non-agir confère la capacitĂ© d’agir.

L’Unique Trait de Pinceau confère l’infinitĂ© des traits de pinceau.

La souplesse du poignet confère l’irrĂ©sistible manifestation du talent.

Qui se voit confĂ©rer de pareilles facultĂ©s doit d’abord rĂ©aliser ce qui les rend telles, et ensuite seulement prendre le pinceau, sans quoi il restera bloquĂ© dans l’impasse de la superficialitĂ© grossière, et il ne pourra mettre en Ĺ“uvre ces facultĂ©s selon leur destination.

C’est dans la montagne que se rĂ©vèlent Ă  l’infini les qualitĂ©s du Ciel.

La Dignité par laquelle la montagne obtient sa masse.

L’Esprit par lequel la montagne peut manifester une âme.

La Créativité, par laquelle la montagne réalise ses mirages changeants.

La Vertu, qui fait la discipline de la montagne.

Le Mouvement, qui anime les lignes contrastées de la montagne.

Le Silence, que la montagne recèle intérieurement.

L’Ă©tiquette qui s’exprime dans les courbes et les inclinaisons de la montagne.

L’Harmonie, que la montagne rĂ©alise Ă  travers ses tours et ses dĂ©tours.

La Réserve prudente, que la montagne enclot dans ses cirques.

La Sagesse, que la montagne révèle dans son vide animé.

Le Raffinement, qui se manifeste dans la pure grâce de la montagne.

La Bravoure, que la montagne exprime dans ses replis et ressauts.

L’Audace, que la montagne montre dans ses prĂ©cipices terribles.

L’ElĂ©vation, par laquelle la montagne domine fièrement.

L’ImmensitĂ©, que la montagne rĂ©vèle dans son chaos massif.

La Petitesse, que la montagne découvre dans ses abords menus.

Toutes ces qualitĂ©s, la montagne les met en Ĺ“uvre qu’en tant que le ciel l’a investie de cette fonction ; elle ne se trouve pas investie de ces dons pour en enrichir le Ciel. De mĂŞme, l’homme met en Ĺ“uvre les qualitĂ©s dont le ciel l’a investi, et ces qualitĂ©s lui sont propres; ce ne sont pas celles dont la montagne est investie. D’oĂą l’on peut dĂ©duire: la montagne rĂ©alise sa qualitĂ© propre, et cette qualitĂ© ne saurait ĂŞtre rĂ©alisĂ©e si, de la montagne, elle Ă©tait transfĂ©rĂ©e ailleurs.

Ainsi, l’homme vertueux n’a pas besoin que la vertu lui soit transfĂ©rĂ©e de l’extĂ©rieur pour pouvoir faire ses dĂ©lices de la montagne.

Si la montagne a de telles qualitĂ©s, comment l’eau n’en aurait-elle pas? L’eau n’est dĂ©pourvue ni d’action ni de qualitĂ©s.

En ce qui concerne l’eau:

Par la Vertu, elle forme l’immensitĂ© des ocĂ©ans et l’Ă©tendue des lacs.

Par la Droiture, elle trouve l’humilitĂ© descendante et la conformitĂ© Ă  l’Ă©tiquette.

Par le Dao, elle meut sans trève ses marées.

Par l’Audace, elle fraye sa dĂ©marche dĂ©cidĂ©e et son impĂ©tueux Ă©lan.

Par la Règle, elle apaise Ă  l’unisson ses tourbillons.

Par la Pénétration, elle réalise sa lointaine plénitude et son universelle atteinte.

Par la Bonté, elle accomplit son jaillissement clair et sa fraîche pureté.

Par la Constance, elle ramène immanquablement son cours vers l’Est.

Si l’eau, dont les qualitĂ©s sont ainsi manifestĂ©es visiblement dans les vagues de l’ocĂ©an et la profondeur des baies, ne rĂ©glait son comportement sur elles, comment pourrait-elle ainsi envelopper tous les paysages du monde et traverser la Terre de ses artères?

Celui qui ne pourrait Ĺ“uvrer qu’Ă  partir de la montagne et non Ă  partir de l’eau, serait comme englouti au milieu de l’ocĂ©an sans connaĂ®tre le rivage, ou encore, serait comme la rive qui ignore l’existence de l’ocĂ©an. Aussi, l’homme intelligent connaĂ®t-il la rive en mĂŞme temps qu’il se laisse emporter au fil de l’eau ; il Ă©coute les sources et se complaĂ®t au bord de l’eau.

Il ne faut rien moins que l’usage de la montagne, pour voir la largeur du monde.

Il ne faut rien moins que l’usage de l’eau, pour voir la grandeur du monde.

Il faut que la montagne s’applique Ă  l’eau pour que se rĂ©vèle l’universel Ă©coulement.

Il faut que l’eau s’applique Ă  la montagne pour que se rĂ©vèle l’universel embrassement.

Si cette action rĂ©ciproque de la montagne et de l’eau n’est pas exprimĂ©e, rien ne peut expliquer cet universel Ă©coulement et cet universel embrassement. Sans l’expression de cet universel Ă©coulement et de cet universel embrassement, la discipline et la vie (de l’encre et du pinceau) ne peuvent trouver leur champ d’action ; mais du moment que la discipline et la vie (de l’encre et du pinceau) s’exercent, l’universel Ă©coulement et l’universel embrassement trouvent leur cause, et une fois qu’ils ont trouvĂ© leur cause, la mission du voyage se trouve parachevĂ©e.

Lorsque l’on s’applique Ă  la montagne et Ă  l’eau, il ne faut pas Ĺ“uvrer Ă  partir de l’immensitĂ©, et ainsi on pourra contrĂ´ler sa tâche; il ne faut pas Ĺ“uvrer Ă  partir de la complexitĂ©, et ainsi la tâche sera simple. Sans cette simplicitĂ©, on ne saurait rĂ©aliser la complexitĂ© ; sans ce contrĂ´le, on ne saurait rĂ©aliser l’immensitĂ©.

L’Ĺ“uvre ne rĂ©side pas dans le pinceau, ce qui lui permet de se transmettre ; elle ne rĂ©side pas dans l’encre, ce qui lui permet d’ĂŞtre perçue; elle ne rĂ©side pas dans la montagne, ce qui lui permet d’exprimer l’immobilitĂ©; elle ne rĂ©side pas dans l’eau, ce qui lui permet d’exprimer le mouvement; elle ne rĂ©side pas dans l’AntiquitĂ©, ce qui lui permet d’ĂŞtre sans limites; elle ne rĂ©side pas dans le prĂ©sent, ce qui lui permet d’ĂŞtre sans Ĺ“illères.

Aussi, si la succession des âges est sans dĂ©sordre et que pinceau et encre subsistent dans leur permanence, c’est parce qu’ils sont intimement pĂ©nĂ©trĂ©s de cette Ĺ“uvre.

Cette Ĺ“uvre repose, en vĂ©ritĂ©, sur le principe de la discipline et de la vie: par l’Un, maĂ®triser la multiplicitĂ©; Ă  partir de la multiplicitĂ©, maĂ®triser l’Un; elle ne recourt ni Ă  la montagne, ni Ă  l’eau, ni au pinceau, ni Ă  l’encre, ni aux Anciens, ni aux Modernes, ni aux Saints. Telle est l’Ĺ“uvre vĂ©ritable, celle qui se fonde sur sa propre substance.

Shi Tao

Du côté des poètes

Du côté des poètes

Hölderlin

Qui a pensĂ© dans la plus grande profondeur, aime ce qu’il y a de plus vivant.

 

Ce qu’on sait de quelqu’un, Ă©crit Bobin, nous empĂŞche de le connaĂ®tre. Ce qu’on dit, en croyant savoir ce qu’on dit, rend difficile de le voir.

 

Novalis

Si on a la passion de l’absolu, et que l’on n’en puisse guĂ©rir, il ne restera d’autre issue que de se contredire sans cesse et de concilier les extrĂŞmes absolus . et rĂ©pondre en parti Ă  la question du jour (enfin au cheminement qui mène Ă  la question du jour).

Pessoa

L’art nous dĂ©livre de façon illusoire, de cette chose sordide qu’est le fait d’exister… En art, il n’y a pas de dĂ©sillusion, car l’illusion s’est vue admise dĂ©s le dĂ©but. Le plaisir que l’art nous offre ne nous appartient pas, Ă  proprement parler : nous n’avons donc Ă  le payer ni par des souffrances, ni par des remords… Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d’un passage, le sourire offert Ă  quelqu’un d’autre, le soleil couchant, le poème, l’univers objectif. PossĂ©der c’est perdre. Sentir sans possĂ©der, c’est conserver, parce que c’est extraire de chaque chose son essence.

 

George Amar – art poĂ©tique Ă©lĂ©mentaire – journal de rivage

Profite bien de la phase préparatoire
Vis-la intégralement
C’est le moment le plus actif
Le moment oĂą le travail et l’ĂŞtredsont comme une lumière dans la brume (diffĂ©rents mais indistincts)

J’ai marchĂ© dans la brume
Ma pensée était claire
Indistincte
Comme un vivant qui ne connaît pas
Son propre nom.

Il faut frĂ©quenter longtemps les choses, les lieux, les ĂŞtres et les moments du monde pour qu’ils consentent Ă  nous prĂŞter leur signe. Issus de la dĂ©couverte de ce qu’il y a de commun entre les choses et nous, les signes forment un langage au moyen duquel nous pouvons simultanĂ©ment nous comprendre nous-mĂŞme et lire le monde.

Les Ă©lĂ©ments de l’art sont les mĂŞmes que ceux de la viee et le travail universel de clarification, de cristallisation et de composition des Ă©lĂ©ments, vaut sur tous les plans de la pensĂ©e et de l’action, de l’Ĺ“uvre et de l’existence.

Mes amis trouvent souvent Ă  mes tableaux un caractère joyeux sans raisons particulières. Ca tombe bien, c’est le principe le plus gĂ©nĂ©ral de l’art de composer auquel je songe ! un art gĂ©nĂ©ral, comme celui par exemple de composer ses sensations, perceptions et affects, en tableaux d’apparences. Matin sur le bord de la mer est l’un de mes favoris. Je le compose chaque matin, avec mes jambes, mes yeux et ma pensĂ©e, avec le vent froid et le bruit des vagues, avec l’attention portĂ©e au plongeon du cormoran, avec le bonjour du garçon de cafĂ©, avec la solitude et mon dĂ©sir d’entrer dans le poème du monde.

Infiniment les chemins contournent les obstacles
Grande étude !
Mais seule oriente la haute intuition
L’Ă©toile sensation
La couleur de la mer Ă  l’instant quelconque
Étrange ressource sur laquelle
On ne peut guère compter
Car elle réside aux deux extrêmes
De la Pensée-Réalité
Au centre le plus secret du Soi,
Pur sujet de l’action la plus libre
Et Ă  l’autre bout, dissĂ©minĂ©e, alĂ©atoire
Dans les infimes reflets de la lumière
Sur les plis du réel.
Je me suis retourné
J’ai vu la lumière grise
Au bord de l’univers.

 

Pessoa (extrait de passage des heures, de Alvaro de Campos)

Je ne sais si la vie est peu ou trop pour moi
Je ne sais pas si je sens trop ou trop peu
Je ne sais…
Ce qui me manque : scrupule spirituel
Point d’appui de l’intelligence
Consanguinité avec le mystère des choses
Choc
Au moindre contact, sang affluant sur les coups
Tressaillement au moindre bruit,
Ou s’il y a pour tout cela une autre explication
plus commode et plus heureuse.

…/…

J’ai couchĂ© avec tous les sentiments
J’ai Ă©tĂ© le souteneur de toutes les Ă©motions
Toutes les sensations de hasard m’ont payĂ© Ă  boire,
J’ai fait les yeux doux Ă  toutes les raisons d’agir,
J’ai Ă©tĂ© main dans la main avec toutes les vellĂ©itĂ© de dĂ©part
Fièvre immense des heures
Angoisse de la forge des émotions
Rage, Ă©cume l’immensitĂ© qui ne tient pas dans mon mouchoir.

…/…

Je me suis multiplié pour me sentir,
Pour me sentir, j’ai eu besoin de tout sentir,
J’ai dĂ©bordĂ©, je n’ai rien fait que m’extravaser.
Je me suis déshabillé, je me suis donné
Et il se trouve en chaque coin de mon âme
un autel pour un dieu différent.

…/…

Je porte dans mon cœur
comme dans un coffre trop rempli qu’on ne peut plus fermer
tous les lieux où je suis allé,
tous les ports où je suis arrivé,
tous les paysages que j’ai vus par les fenĂŞtres ou les hublots,
ou sur les dunettes, en rĂŞvant
et tout cela, qui est tant de choses, est bien peu au regard de mes désirs

…/…

Ressentir tout de toutes les manières,
Vivre tout de toutes parts,
Etre la même chose de toutes les façons possibles en même temps,
RĂ©aliser en soi l’humanitĂ© de tous les instants
En un sel instant diffus, prodigue, complet et lointain.

…/…

Je veux toujours ĂŞtre ce avec quoi je sympathise,
Et je deviens toujours, tĂ´t ou tard,
L’objet de ma sympathie, que ce soit une pierre ou un dĂ©sir,
Que ce soit une fleur ou une idée abstraite,
Que ce soit une foule ou une façon de comprendre Dieu,
Et moi, je sympathise avec tout, je vis de tout en tout.

…/…

 

Kafka

Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne Ă  cĂ´tĂ© de chaque ĂŞtre et toujours dans sa plĂ©nitude, mais qu’elle soit voilĂ©e et enfouie dans les profondeurs invisibles, lointaines. Elle est lĂ  pourtant, ni hostile, ni malveillante, ni sourde. Qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est ça l’essence de la magie, qui ne crĂ©e pas mais invoque.

 

Norge

PEINTURE

Je trouve que la plupart des peintres peignent un tableau qui ressemble au tableau qu’ils auraient peint si le tableau qu’ils auraient voulu peindre était absolument impossible à peindre. Est-ce que vous me comprenez ? Parce que moi, je ne comprends pas encore très bien, mais je sens que c’est juste.

Poésies 1923 – 1988 Poésie / Gallimard

 

Carlos Drummond De Andrade

PAYSAGE: COMME ON LE FORME

Ce paysage ?
Il n’existe pas. Existe l’espace
vacant, Ă  parsemer
de paysage rétrospectif.
La présence de la montagne, des imbaûbas,
des sources, quelle présence ?
Tout est plus tard.
Vingt ans après, comme dans les drames.
Pour l’instant, le voir ne voit pas ; le voir recueille
des fibrilles du chemin, de l’horizon,
et mĂŞme ne s’aperçoit pas qu’il les recueille
pour un jour tisser des tapisseries
qui sont des photographies
d’inaperçue terre visitĂ©e.
Le paysage va ĂŞtre. Maintenant c’est un blanc
qui se teint de vert, de marron, de gris cendre,
mais la couleur ne s’attache pas aux surfaces,
elle ne modèle pas. La pierre n’est pierre
que dans le mûrissement lointain.
Et l’eau de ce ruisseau
ne mouille pas le corps nu :
il mouille plus tard.
L’eau est un projet de vivre.
Ouvrir un portail. Il grince. Indifférent.
Une vache-silence. Je ne la regarde mĂŞme pas.
Un jour ce silence-vache, ce grincement
battront en moi, parfaits,
existant de face, de dos, de profil,
absolument tangibles. Quelqu’un demande Ă  cĂ´té :
qu’est-ce que tu as ?
Et je n’ai rien
hormis le bruit-portail, la vache silencieuse.
Paysage, pays
fait de pensée du paysage,
dans la créative distance espace-temps,
en marge des gravures, des documents,
lorsque les choses existent avec violence
plus que nous n’existons : elles nous peuplent
et nous regardent, nous fixent. Contemplé
soumis, d’elles nous sommes la pâture,
nous sommes le paysage du paysage.

Carlos Drummond De Andrade – La machine du monde – Nrf poésie Gallimard.

 

Charles Juliet – traversĂ©e de nuit – journal II

L’aventure ne peut se vivre qu’Ă  l’Ă©tat sauvage, loin de toute religion, idĂ©ologie, morale, tradition… Car si le chemin qu’on emprunte est dĂ©jĂ  percĂ©, nivelĂ©, signalisĂ©, si une foule s’y presse, il n’y a ni solitude ni errance.

Pour s’ouvrir son chemin, chacun doit se fabriquer ses propres armes. Avec rien. Cette Ă©vidence que l’artiste est un maudit, un privilĂ©giĂ©.

 

Jacques Darriulat – cezanne et la force des choses

On peut dire que le renversement cĂ©zannien consiste Ă  nous faire prendre conscience de ce que nous avions oubliĂ© depuis longtemps, Ă  savoir que le sujet tient moins le monde sous son regard qu’il n’est exposĂ© Ă  la violence de son apparition, et que dans la relation sujet-objet, c’est maintenant l’objet, longtemps tenu sous la domination des gĂ©omĂ©tries imposĂ©es par le sujet, qui prend sa revanche sur le sujet, dĂ©sormais assailli par la violence de sensations qu’il est incapable de maĂ®triser, ou du moins ne peut y parvenir qu’au prix d’un effort considĂ©rable. Ce n’est plus le sujet qui dispose du monde devant lui, c’est inversement le monde qui menace d’engloutir le sujet par la seule violence de son apparition. Par cette rĂ©volution, CĂ©zanne rend manifeste la vanitĂ© d’un ego qui toujours imagine que le monde est devant lui, alors que c’est lui qui se trouve au contraire dans le monde, irrĂ©mĂ©diablement inscrit dans le cercle de son immanence, plongĂ© dans l’Ă©lĂ©ment lumineux oĂą le phĂ©nomène fait son apparition.

 

Autre texte

2 novembre 2015 : pour que l’une des histoires les plus abominables du XX¨ siècle ne recommence pas, voici un texte Ă  lire et mĂ©diter.

Chapitre 49 – Vie et destin de Vassili Grossman

Traduit du russe par Alexis Berelowitch avec la collaboration d’Anne Coldefy-Faucard
Editions l’Age d’homme, 1980.

Extrait

La première moitiĂ© du xxe siècle restera l’Ă©poque des grandes dĂ©couvertes scientifiques, des rĂ©volutions, de gigantesques bouleversements sociaux et de deux guerres mondiales.
Mais la première moitiĂ© du xxe siècle entrera aussi dans l’histoire de l’humanitĂ© comme la pĂ©riode de l’extermination totale d’Ă©normes masses de la population juive, extermination qui s’est fondĂ©e sur des thĂ©ories sociales ou raciales. Le monde actuel le tait avec une discrĂ©tion fort comprĂ©hensible.
Une des propriĂ©tĂ©s les plus extraordinaires de la nature humaine qu’ait rĂ©vĂ©lĂ©e cette pĂ©riode est la soumission. On a vu d’Ă©normes files d’attente se constituer devant les lieux d’exĂ©cution et les victimes elles-mĂŞmes veillaient au bon ordre de ces files. On a vu des mères prĂ©voyantes qui, sachant qu’il faudrait attendre l’exĂ©cution pendant une longue et chaude journĂ©e, apportaient des bouteilles d’eau et du pain pour leurs enfants. Des millions d’innocents, pressentant une arrestation prochaine, prĂ©paraient un paquet avec du linge et une serviette et faisaient Ă  l’avance leurs adieux. Des millions d’ĂŞtres humains ont vĂ©cu dans des camps qu’ils avaient construits et qu’ils surveillaient eux-mĂŞmes.
Et ce ne furent pas des dizaines de milliers, ni mĂŞme des dizaines de millions, mais d’Ă©normes masses humaines qui assistèrent sans broncher Ă  l’extermination des innocents. Mais ils ne furent pas seulement des tĂ©moins rĂ©signĂ©s ; quand il le fallait, ils votaient pour l’extermination, ils marquaient d’un murmure approbateur leur accord avec les assassinats collectifs. Cette extraordinaire soumission des hommes rĂ©vĂ©la quelque chose de neuf et d’inattendu.
Bien sûr, il y eut la résistance, il y eut le courage et la ténacité des condamnés, il y eut des soulèvements, il y eut des sacrifices, quand, pour sauver un inconnu, des hommes risquaient leur vie et celle de leurs proches. Mais, malgré tout, la soumission massive reste un fait incontestable. Lire tout

Vassili Grossman

Retour en haut